Arts & Traditions Populaires de Marmande

La commémoration du 800ème anniversaire de la croisade contre les Albigeois et du triste épisode du pillage de Marmande et du massacre de tous ses habitants sont l’occasion de revenir sur deux chants occitans emblématiques et incontournables et d’en rappeler l’origine et la portée symbolique .

Les deux chansons médiévales les plus anciennes interprétées sur le territoire occitan sont à n’en pas douter « Lo boièr » et « se canto ». Cette dernière est attribuée à Gaston Phébus Comte de Foix. Phébus est en conflit financier violent avec son beau-père, le roi de Navarre. Sa femme, Agnès de Navarre, se sépare de lui et rejoint sa famille en Espagne. Il semble que Phébus éprouve quelques regrets après cette séparation : il rédige alors la célèbre « canso » : « Se canto » où un oiseau sous sa fenêtre chante pour sa mie qui est loin de lui et où ces fières montagnes si hautes l’empêchent de voir son amour.

Aujourd’hui, dans tout le sud-ouest de la France, cette chanson peut être considérée comme un « hymne » national. On ne termine pas une fête familiale ou une réunion d’amis sans entonner « 

 ».

Si beaucoup connaissent le « se canto », ils sont aussi nombreux à connaître «  lo boièr », peut-être même ont-ils appris cette chanson à l’école, même en version française, sans savoir que cette chanson était d’origine cathare et à double sens.

Rencontre spirituelle avec « lo boièr » hymne cathare

La chanson du bouvier est une chanson médiévale interprétée sur tout le territoire occitan. Elle connaît de nombreuses variantes mais la base reste la même.

Elle a traversé les siècles en gardant la même rythmique.

Il est agréable de constater qu’elle est enseignée dans les écoles « calendretas » et que les enfants prennent beaucoup de plaisir à la chanter, perpétuant ainsi la tradition même si le sens profond peut parfois leur échapper.

Car la répétition des vers de chaque couplet laisse supposer qu’il y a au moins deux significations.

Le chant des voyelles à la fin de chaque couplet, même s’il ne se trouve pas dans toutes les versions a un symbolisme important, dans le sens d’une élévation, musicale certes, mais aussi spirituelle.

De nombreuses hypothèses ont été avancées au sujet de ce chant très ancien, toutes très intéressantes 

Ci-dessous, le texte occitan et la traduction française

Texte le plus courant

Traduction communément admise

   

Lo boièr

Le laboureur

Quand lo boièr ven de laurar

Quand le laboureur a fini de labourer

Planta son agulhada

Il plante son soc

Troba sa femna al pè del fuòc

Il trouve sa femme au près du feu

Tota desconsolada

Toute désorientée

Se ès malauda, diga me òc

Si tu es malade, dis le moi

Te farai una alhada

Je te ferai une soupe à l’ail

Amb una rava, un caulet

Avec une rave, un chou

Una lauseta magra

Une alouette maigre

   

Quand serai mòrta, enterratz me

Quand je serai morte, enterrez moi

A la fond de la cava

Au fond de la cave

Los pès contra la paret

Les pieds contre le mur

Le cap jos la canèla

La tête sous le robinet

E los romieus que passaran

Et les pèlerins qui passeront

Prendran d’aiga senhada

Mettront de l’eau bénite

E diran ; qual es mòrt aici ?

Et diront ; qui est mort ici ?

Es la paura Bernarda

C’est la pauvre Bernarde

Se n' es anada en paradis

Elle s’en est allée au paradis

Al cèl amb sas cabras

Au ciel avec ses chèvres

Il s’agit donc là de la lecture au premier niveau ; c’est très joli, doux et agréable à l’oreille.

Le sens semble clair, comme les comptines que les enfants retiennent facilement.

Cependant, quelques mots doivent faire « redoubler » d’attention, puisque chaque vers est répété et chanté légèrement différemment :

Agulhada :

Il s’agit de l’aiguillon du bouvier qui sert à piquer les bœufs pour qu’ils fassent un sillon bien droit. La droiture du chemin peut avoir aussi sa représentation symbolique.

Au figuré, ce plantage de l’aiguillon signifie qu’à ce moment-là, le laboureur, c'est-à-dire l’Homme de Terre, l’Adam, arrive à la croisée des chemins, au tournant de sa vie. A ce poste d’aiguillage, il doit faire un choix qui va réellement transformer son existence et même sa nature.

Cet homme, nouvel Adam, se confond en fait avec l’âme du croyant, et l’aiguillon planté représente l’instant précis de la conversion, de la prise de conscience, et de la demande du baptême du Feu. L’aiguillon est planté dans son cœur. Les deux sens ne sont pas incompatibles, car nous sommes en présence d’un « aspirant parfait » qui, tout en étant du monde n’est déjà plus de ce monde.

 troba :

Même si l’on trouve « trapa » dans certaines versions, le mot « troba » incite à chercher à la manière des « trobadors » médiévaux. ( trobar : chercher et parfois trouver)

fuòc :

Ici encore, bien que d’autres versions désignent « lo canton » comme étant le coin du feu, le « fuòc » met en exergue un feu autrement plus vivifiant que celui de la cheminée. ( le bûcher)

Desconsolada :

C’est le mot fort qui fait immédiatement penser au consolament cathare. Bien entendu, le mot étant si évident et trop connoté, il n’est pas resté dans toutes les versions.

Cava :

Son sens est cave mais aussi grotte, qui a donné le français « caverne » ; d’ailleurs on retrouve quelquefois les mots « gròta » ou « cròta » qui ont la même signification.

Canèla :

Mot qui désigne le robinet du tonneau et n’a de sens que s’il est associé à « cava » signifiant cave. Il peut aussi cacher quelque chose, pourquoi pas « candèla », la chandelle.

D’autres versions donnent « rajola » qui signifie aussi robinet mais également jaillissement, écoulement de cette eau de grotte sanctifiée. On trouve d’ailleurs au fond de la grotte de l’ermite à Ornolac (à côté d’Ussat les bains en Ariège) un endroit appelé « la font santa », la source sainte.

Si l’on reprend le texte, on s’aperçoit que sous son apparente clarté, il manque quand même de cohérence, incohérence que l’on a tôt fait d’attribuer aux médiocres qualités des auteurs de l’époque. Mais nous avons eu l’occasion de voir (cf Peire Cardenal) qu’il n’en était rien.

Ainsi donc, à première vue, le bouvier, son travail terminé rentre chez lui et trouve sa femme déboussolée, voire complètement ivre.

La voyant dans cet état, Il lui propose une « vulgaire » soupe.

La partie instrumentale montre que le temps passe et quand le chant reprend on découvre que la femme est loin d’être guérie puisqu’elle songe à mourir et mentionne ses dernières volontés.

Elle veut être enterrée dans la cave les pieds contre la muraille et la tête sous le robinet ! (à la manière des Chevaliers de la Table Ronde, autre chanson à boire que l’on aurait justement tort de ne considérer que comme une chanson à boire ; l’état d’ivresse cachant le plus souvent un état bien plus élevé !)

Les pèlerins lui porteront de l’eau bénite et diront que la pauvre Bernarde est allée au paradis au ciel avec ses chèvres, sans que l’on sache très bien pourquoi les chèvres vont au ciel.

Avec une autre grille de lecture et « d’écoute » il est pourtant possible de trouver une autre signification, plus subtile, de ce chant éminemment cathare mais auparavant, il faut revoir entièrement notre opinion sur ce chant curieux.

Qui est le bouvier ?

Le bouvier est une constellation de notre hémisphère nord à côté de la Grande Ourse qui en est le septentrion (les 7 bœufs). Son étoile principale est Arcturus, dérivé de Artus comme le fameux roi Arthur de la Table Ronde (on y revient !). La géométrie du château de Montségur en rappelle étrangement la forme. (voir le site d'Yves Maris ici) mais c’est sûrement une coïncidence.

Le bouvier est celui qui conduit les bœufs (allant souvent par paire) et qui doit les obliger à aller droit. Quand on l’appelle laboureur, on s’attache à son action, quand on le nomme bouvier, on s’attache à son état. Enfin, le bouvier c'est "l'homme qui travaille la terre," symbolisé dans l'hagiographie chrétienne par Saint Georges. Il travaille la matière pour la purifier, par un travail sur soi de tous les instants.

Les bœufs (ils existent mais ne sont pas nommés, c’est tout le contraire de notre réalité qui existe pour nous alors qu’elle n’est qu’illusion) représentent ainsi la partie « animale » de l’homme, le cocher est donc l’âme qui va ou non se tourner vers l’esprit, à la fin de la journée de labour. Au cas particulier, l’âme par son plantage d’aiguillon a fait son choix.

On ne peut s’empêcher de remarquer la similitude entre ce bouvier et l’arcane 14 du tarot représenté par le chariot.

Sauf que dans la chanson, comme dit précédemment, l’accent est mis sur le cocher, « l’être » alors que sur l’arcane, ce sont les chevaux, « la paire représentant la dualité et les contraires », qui sont mis en avant.

Pareille similitude se retrouve aussi chez Platon, quand il écrit « Il faut donc se représenter l'âme comme une puissance composée par nature d'un attelage ailé et d'un cocher. Cela étant, chez les dieux, les chevaux et les cochers sont tous bons et de bonne race, alors que, pour le reste des vivants, il y a mélange. Chez nous - premier point - celui qui commande est le cocher d'un équipage apparié ; de ces deux chevaux, - second point - l'un est beau et bon pour celui qui commande, et d'une race bonne et belle, alors que l'autre est le contraire et d'une race contraire. Dès lors, dans notre cas, c'est quelque chose de difficile et d'ingrat que d'être cocher." (Phèdre, 246 b) ».

Mais à la différence du léger pessimisme de Platon, le chant du bouvier montre à la fois un conducteur de bœufs et un laboureur dans une seule et même personne. Elle est certes encore très terre-à-terre mais elle a suivi le droit chemin, son équipage est parfaitement apparié, pareil à celui des anges. La suite logique, c’est la détermination de sa conduite à tenir à ce moment précis.

Dans ce moment de réflexion, d’introspection, il reçoit au plus profond de lui le coup de pouce du destin. Il bat sa coulpe et son cœur s’ouvre.

Il faut bien se représenter la scène :

Les bœufs sont l’homme animal, charnel mais indispensable pour tracer le sillon.

Le bouvier est l’âme humaine, non pas celle tiraillée par ses pulsions, mais plutôt celle qui a suivi son chemin en justice et vérité, en un mot, l’âme du croyant cathare.

La femme est donc cette même âme, qui aspire au consolament, au baptême du Feu, le véritable mariage mystique, avec dissolution du corps et fusion de l’âme et de l’esprit. C’est pour cela qu’elle a déjà le feu à ses pieds.

Le dialogue qui s’ensuit entre l’âme et l’âme, ce face à face, est aussi très éloquent :

L’âme est malade c'est-à-dire en mauvaise santé (c’est qu’elle est encore attachée à sa condition humaine), son salut n’est pas encore assuré ; mais grâce à la potion, tout va s’arranger, non pas pour cette existence-ci bien sûr ! La bonne soupe au lard maigre (cela va sans dire !) cache une symbolique que l’on est en droit d’évoquer dès lors que le double sens a été révélé par les vers précédents :

une rave/navet est la nourriture des immortels chez les Taoïstes. On peut aussi noter que « rava » signifie rêve, délire, on pourrait dire « état second » pour qualifier une sorte de transe.

 un chou (que l’on associe traditionnellement à la mort comme à la naissance) mais voir aussi le sens de « caular » qui signifie coaguler, en rapport avec le sang.

et une alouette qui est le symbole le plus parlant, puisque cet oiseau possède la capacité de s’élever très haut dans le ciel…

« Au temps de la création, l’alouette ouvrait les portes du ciel à l’âme des morts, d’où son nom d’Alc’houeder ou « porte-clefs » précise le folklore breton. Enfin, selon une légende de la région d’Orléans, c’est l’alouette qui aurait apporté aux hommes le feu céleste ou ce « feu du baptême » qui doit justement nous ouvrir les portes du Royaume. 

La seconde partie de ce chant magnifique porte sur les modalités pratiques qui vont se dérouler après ce baptême.

L’âme va se retrouver, non pas en enfer, mais au plus profond de la caverne et va donc avoir une nouvelle naissance car si les pieds sont encore sur terre, la tête a atteint la lumière.

De cette union entre feu et terre surgira la Source d’Eau Vive qui rejaillira ensuite sur l’ensemble des Croyants.

L’Homme, en tant qu’âme en chemin, après avoir traversé et expérimenté les vicissitudes de ce monde, arrive au tournant de sa vie ; il a un choix à faire, choix qui va le bouleverser. Son âme tourmentée aspire à être consolée, elle demande à rejoindre sa nature spirituelle éternelle. Pour cela il lui faut un certain « breuvage », un élixir, une potion que l’on a souvent qualifiée de magique parce qu’inaccessible au commun des mortels. En même temps, elle doit se retirer au plus profond du Soi pour s’abreuver à la Sainte Source (traduction de « A la font de la cava ») et en transmettre les bienfaits aux autres.

Ces autres, ce sont, non pas les « roumieux », ceux qui vont à Rome, mais les pérégrinateurs de l’Amour ( Amor étant le contraire de Roma, formule employée fréquemment par les troubadours) qui pourront ainsi témoigner que Bernarde, (le nom pouvait changer) était bien morte hérétiquée puisqu’elle s’en est allée « au ciel, elle a une Bonne Fin » traduction de :

Al cèl, am’ Ben s’acaba. plutôt que : Al cèl, amb sas cabras.

En conclusion, La première partie de la chanson est axée sur la technique de l’élévation de l’Esprit  et la demande du consolament, le seul véritable, le baptème du Feu :

Eveil, prise de conscience, chant des voyelles pour se transcender, découverte de son âme prise au piège du mondain.

La deuxième partie traduit le consolament proprement dit :

La méthode d’abord, avec le breuvage dont on ne sait rien (peut être de l’eau pure) et la méditation au tréfonds de soi, la soif étanchée par la Source de Vie, le grand bouleversement, en un mot la « conversion » que cela produit.

Enfin, le message en filigrane pour les croyants qui pouvaient ainsi savoir que tel ou tel avait bien réussi sa bonne fin.

Avec ce nouvel éclairage, il est proposé ci-dessous le texte revu et sa nouvelle traduction :

Quand lo boièr ven de laurar

Quand le croyant cathare (ou son âme, ce qui revient au même) s’éveille.

Planta son aigulhada

Il se trouve à la croisée des chemins, il fait le choix conforme à son cœur.

Troba sa femna al pè del fuòc

(son âme) il désire le baptême du Feu, il elle est prêt(e)

Tota desconsolada

à « faire le grand saut »

Si ès malauta diga me òc

aies conscience de ta mauvaise condition

Te farai une alhada

Tu prendras un breuvage pour ton Salut

Amb una rava, un caulet

Avec des éléments qui nourrissent l’esprit

Une lauzeta magra

Et un conditionnement approprié à cette élévation spirituelle.

   

Quand serai mòrta, enterra me

Au moment de ma mort terrestre

A la font de la cava

Je puiserai au fond de moi, à la Source

Los pès contra la paret

Les pieds au mur (dans la position du pendu du Tarot)

Lo cap jos la candèla

La tête sous la chandelle

E los romieus que passaran

Et les pèlerins d’Amour qui passeront

Prendran d’aiga senhada

Puiseront eux aussi à cette eau sanctifiée

E diran : qual es mòrt aici ?

Et diront : qui est mort ici-bas ?

Es la paura Bernarda

C’est la pauvre Bernarde (ou autre)

S’en es anada en paradis

Elle s’en est allée au paradis

Al cèl amb Ben s’acaba

Au ciel avec une Bonne Fin

Nous ne prétendrons jamais que notre traduction est l'interprétation véritable de ce chant magnifique. Il est toutefois utile de l’écouter « religieusement » et ensuite de laisser parler son coeur. Alors, peut-être, cette douce mélodie peut nous emmener très loin.

Bien sûr une version chantée sur les lieux mêmes du drame est toujours plus émouvante !

 

Autres significations d’après l’IEO (Institut d’Etudes Occitanes)

A E I O U pourquoi cette suite de voyelles qui revient en refrain ? Il est curieux de voir que ces initiales sont la devise des Habsbourg et de l’Empire Austro-Hongrois :

« Austria Est Imperae Orbi Universo : La destinée de l’Autriche est de diriger le monde entier.

Te farai una alhada autre version « te farai un potatge », une potion avec un raba, un caulet e una lauseta magra

Or, il se trouve que Rabesten, gendre d Esclarmonde de Foix, Caulet-Lavelanet e Lauseta de Puei Laurens sont trois familles qui soutiennent les Cathares en fait de potion ce sont trois familles susceptibles de les aider.

Enfin la Bernarda est parfois remplacée par « la praura Joana », la pauvre Jeanne , nom donné par les Cathares a leur église (cf l’évangile selon Saint Jean) On trouve aussi dans d’autres versions : Margot, Bernada, Antoineta

Lesi cabras : les chèvres sont les planètes de la liberté

Notre patrimoine immatériel en péril.

Quand on parle de patrimoine, la plupart des gens pensent d’abord au patrimoine bâti : châteaux, cathédrales, manoirs… toutes ces constructions de prestige que nous devons au clergé et à la noblesse d’avant la révolution puis à l’aristocratie de l’argent née de l’industrialisation.  Pendant très longtemps, on s’est peu soucié de la créativité et de l’ingéniosité des paysans, artisans ou petits bourgeois. C’est pourtant à eux que l’on doit le caractère fortement marqué des régions françaises, grâce au savoir faire acquis au cours des siècles, savoir faire dans la construction des maisons adaptées au terrain, au climat et construites avec les matériaux trouvés sur place. C’est aussi à eux que l’on doit tous les petits édifices caractéristiques que sont les moulins, lavoirs, fontaines, fours, chapelles et calvaires qu’on a mis longtemps à considérer comme éléments de notre patrimoine. Un grand nombre d’associations de sauvegarde ce sont créées dans les années 70-80, elles ont fait prendre conscience aux particuliers et aux décideurs qu’il était temps d’agir pour sauver ces petits édifices ruraux. La création de l’année du patrimoine en 1984 leur donnait raison.

Aujourd’hui, un autre patrimoine risque de disparaître si on n’y prend pas garde. Pour lui aussi, de nombreuses associations se mobilisent pour le sauver et le faire connaître, il s’agit du patrimoine immatériel, oral, issu du peuple, patrimoine que constitue pour nous, gens du sud de la Loire, la langue occitane sous toutes ses formes d’expression et tous ses dialectes.

Sa transmission, qui se faisait autrefois au sein même de la famille, ne se fait plus. Va-t-on jeter aux oubliettes nos chansons, nos contes, nos légendes, nos histoires, nos danses et nos musiques traditionnelles, tous nos us et coutumes alors même qu’ils ont souvent inspiré nos plus grands artistes, peintres, écrivains, musiciens ?

L’enseignement obligatoire, l’école de la République et les lois Jules Ferry termineront l’œuvre de François 1er[1]. En bannissant toutes les langues régionales de l’école, les hussards noirs de la République contribueront à l’ocultation du patrimoine oral traditionnel de nos régions.

La prise de conscience du risque que ne disparaisse à jamais tout ce patrimoine immatériel ne date pourtant pas d’aujourd’hui !

« Les notables et industriels des années 1830-1840 avaient pris conscience des transformations rapides qui se déroulaient à leur époque sous l’influence de facteurs nouveaux dont l’enseignement primaire et l’industrialisation. Déjà à l’époque, au contact d’une population qui vivait au rythme de l’ancienne civilisation agraire, ils se rendaient compte qu’il était temps de sauver de l’oubli progressif les monuments, les usages, les coutumes, les superstitions, avant qu’il ne soit trop tard. De 1792 à 1845 nombreuses sont les créations qui montrent le souci de préserver le patrimoine national : Archives nationales (1794), Ecole des Chartes (1821) … »

                                  D’après Alphonse Lamarque de Plaisance.

Jacques Thomas Alphonse Lamarque de Plaisance,[2] un Marmandais parmi les premiers qui ont oeuvré pour la sauvegarde du patrimoine oral.

Né à Marmande le 22 juin 1813, il publie en 1845 un livre sur « Les usages et chansons populaires de l’Ancien Bazadais »[3]

 Il est certes plus connu comme premier Maire d’Arcachon, lorsque la commune fut créée le 2 mai 1857 (il le restera 10 ans) que comme un des premiers « folkloriste ».

Ce terme n’est en fait utilisé qu’à partir de 1885 pour désigner une personne qui étudie les questions de Folklore[4] : science des traditions, usages, croyances, légendes, chansons et littératures populaires. Le terme aurait été utilisé pour la première fois, le 22 août 1846, dans la revue française l’Athénaeum. En 1845 Lamarque de Plaisance faisait donc du Folklore sans le savoir comme Théodore Hersart, vicomte de La Villemarqué qui quatre ans plus tôt, en 1840, avait publié ses célèbres « Barzas-Breiz. Chants populaires de la Bretagne ». L’engouement du public cultivé pour les chants populaires a commencé par la Bretagne avec l’œuvre de La Villemarqué qui connaitra une deuxième édition en 1846.

 

[1] L’édit de Villers Cotterêt du 15 août 1539 François 1er imposait le parler de l’Ile de France comme langue officielle du royaume. C’est l’acte fondateur de la primauté et de l’exclusivité du français dans les documents relatifs à la vie publique du Royaume de France. Le « français », patois d’île de France, devient langue officielle du droit et de l’administration en lieu et place du latin et des autres langues du pays.

[2] Alphonse Lamarque de Plaisance a été Maire de Cocumont puis de Gujan Mestras et enfin 1er Maire d’Arcachon.

[3] L’ancien Bazadais occupait une partie du Lot et Garonne. Cocumont, Samazan, Argenton, entre autres, faisaient partie de l’ancien Bazadais

[4]  Folklore mot anglais formé avec folk, peuple et lore, science

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la tomate !

La petite, la grosse… la ronde, la longue… la rouge la verte et la jaune… la Pondorosa et la merveille des marchés qui donneront la Marmande…sans oublier Ferline et la pomme d’amour ... Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la Tomate

 

1554 : on parle déjà de tomates et on mange déjà des tomates !

La première mention de la tomate pourrait bien être attribuée au médecin botaniste siennois Pier Andréa Mattioli (1500-1577) qui publia en 1544 à Venise son Herbier illustré « Commentari alla Materia Medica di Pedacio Dioscorido di Anazarbeo » dans lequel sont décrites et illustrées près de 1200 espèces de plantes à usage médical.

L’édition de 1554 précise que la tomate est consommée en Italie avec de l’huile, du sel et du poivre.

L’herbier de Mattioli sera utilisé pendant longtemps également par d’autres botanistes du XVIIème siècle pour la détermination des plantes.

L’une des plus importantes manifestations de ce développement fut la création de Jardins Botaniques en Italie, à Padoue en 1525 et à Pise en 1544.

Parallèlement, l’invention de l’imprimerie à caractères mobiles permit la publication d’ouvrages consacrés aux plantes, et plus spécialement d’herbiers, qui seront les premiers atlas du monde végétal. Tout au long du siècle, se succèderont ainsi avec ces ouvrages une foule d’éveilleurs à la botanique. Reçu docteur à Sienne, il exerça la médecine à Rome jusqu’en 1527 ; à la suite de troubles politiques de l’époque, il se retira près de Trente où il vécut jusqu’en 1540, puis alla se fixer à Goeritz. L’archiduc Ferdinand, plus tard Empereur, se l’attacha comme premier médecin, il resta à la cour de Vienne de 1552 à 1562, puis revint à, Trente.

Mattioli a eu comme médecin une immense notoriété ; mais ce qui a surtout fait sa réputation pour la postérité c’est son « Commentaire de Dioscoride », paru pour la première fois à Venise en 1554 ; malgré les erreurs que renferme ce livre, il est toujours précieux pour l’histoire de la botanique ;;;et par voie de conséquence pour l’histoire de la tomate !

 

La légende de la tomate de Marmande. 

Il manquait à Marmande ce brin de poésie et de rêve pour expliquer l’origine de sa célèbre tomate. En 2003 ce vide est comblé. Jean Condou, secrétaire général de la mairie de Marmande historien local qui connait l’histoire du Marmandais et les Marmandais qui ont fait l’histoire, publie chez Lacour « Il était une fois la tomate de Marmande ».

Marmande, cité gasconne, se devait d’avoir cette légende dans le dialecte local. Nous avons donc pris la liberté, avec l’autorisation de son auteur, de traduire le texte original en gascon marmandais et laissé le soin de faire cette « revirada » à deux Marmandais, ardents défenseurs du parler local.

La legenda de la tomata de Marmanda. Virat dau francés au gascon marmandés, per la Denisa Laffarga e lo Bernat Lebeau.

Un còp èra a Marmanda, la gojata d’un riche borgés, joena, bròia e satja. Los galants acabèvan pas de virar a l’entorn d’era, mès la Ferlina Giraudeau (quò èra son nom), ne’n trobèva nat a son gost, au desespèr de son pair qui, veson[1], vesèva son atge avançar. E portant un d’aqueths joens òmes, Peiròt Bory, de modesta levada[2], morèva d’amor per era, mès gausèva pas li diser, pasqué se sabèva tròp praube per poder i preténder ; tèlament que plenh de chegrin decidit de quitar Marmanda. Arribèt a Bordèu juste au moment qu’un vaishèth hissèva les velas per « Las Islas ». Pendent quate ans, barlinguèt, vesitèt las Antilhas e la Navèra Granada, trabalhèva dur e portant podèva pas se deshèser de l’imatge de la Ferlina.

Un bèth jorn, prengut lo camin dau retorn demb, dens sus bagatges, un gròs sacòt de cuèir plenh de doblons d’Espanha e una pocheta onte i avèva d’estrantges granas platas e d’un gris fonçat. Tornat a Marmanda samenèt dens un cunh ensorelhat dau casau de son pair les famusas granas e au començament de l’estiu apareishuràn penderillhas[3] de fruits roges magnifics, ronds e lisses. Cada matin ne’n’ massèva quauques uns e los pausèva dens un petit panèir de vime[4] que deishèva sau bòrd de la fernèsta de la bròia dròlla.

Au cap de quauques jorns, lo susprengót au moment mèsme onte renovelèva son present :

- « Diga-me amic, li digot era, coma s’apèra aqueth fruit deliciós que me pòrtas cada jorn ?

- Quòra èri a las Americas, los Indians l’aperavan : la tomata, mès jo, l’aperèvi : La Ferlina, en sovenir de tu, tant èra bròia !

E ben, era li dit, en se gitant dens sos braçs, a partir d’anuèit, l’aperaram : la poma d’amor ».

La Ferlina e sa Poma d’amor an son estatùa au mitan dau casau de la Mairia de Marmanda.

La légende de la tomate de Marmande par Jean CONDOU

Telle que l’a écrite Jean CONDOU : « Il était une fois …la tomate de Marmande », Lacour, Editeur- 2003.

Il était une fois à Marmande, la fille d’un riche bourgeois, jeune, belle et sage. Les prétendants ne cessaient de tourner autour d’elle, mais Ferline Giraudeau, (c’était son nom) n’en trouvait aucun à son goût, au désespoir de son père qui, veuf, voyait avancer son âge. Et pourtant, un de ces jeunes gens, Peyrot Bory, de modeste extraction, mourait d’amour pour elle, mais n’osait le lui avouer, conscient d’être trop pauvre pour pouvoir y prétendre ; tant et si bien que rempli de chagrin, il décida de quitter Marmande. Il arriva à Bordeaux juste au moment où un navire mettait les voiles pour « les Isles ». Pendant quatre ans, il bourlingua, visita les Antilles et la Nouvelle Grenade, il travaillait dur et pourtant il ne pouvait se défaire de l’image de Ferline.

Un beau jour, il prit le chemin du retour avec dans ses bagages un gros sac de cuir rempli de doublons d’Espagne et une pochette dans laquelle se trouvaient d’étranges graines plates et d’un gris foncé. Revenu à Marmande, il sema dans un coin ensoleillé du jardin paternel les fameuses graines et, au début de l’été apparurent des grappes de magnifiques fruits rouges, ronds et lisses. Chaque matin, il en cueillait quelques uns et les déposait dans une petite corbeille d’osier qu’il abandonnait sur le bord de la fenêtre de la belle.

Au bout de quelques jours, elle le surprit et, au moment où il renouvelait son offrande :

- « Dis-moi, ami, lui dit-elle, comment s’appelle donc ce fruit délicieux que tu m’apportes chaque jour ?

-Lorsque j’étais aux Amériques, les Indiens l’appelaient la « tomate », mais moi, je l’appelais « Ferline » en souvenir de toi, tant elle était belle !

-Eh bien, lui dit-elle, en se jetant dans ses bras, à partir d’aujourd’hui, nous l’appellerons « La pomme d’amour ». »

La preuve que cette histoire, livrée par un vieux grimoire aujourd’hui disparu est vraie : c’est que Ferline et sa pomme d’amour ont leur statue au cœur du jardin de l’hôtel de ville de Marmande.

                                                         Jean Condou

          

 

Ferline et sa pomme d’amour, statue située dans le jardin devant l’hôtel de ville de Marmande (photo site officiel de la mairie de Marmande)

La légende née de la réalité : l’histoire vraie de la tomate de Marmande

Histoire :

En 1750, la tomate venue des Amériques et d'abord acclimatée en Europe dans les jardins espagnols et italiens, fut introduite en Provence. L’essor de la tomate dans le bassin marmandais résulte de l’épidémie de phylloxéra de 1863. Frédéric Zégierman explique : « Dès 1910, conscients de la nécessité d’arriver tôt sur les marchés de consommation, les producteurs privilégient les variétés « hâtives » et, ce serait par hybridation naturelle que « la merveille des marchés », « la pondorosa » et la « mikado » auraient donné naissance, après adaptation au climat et au sol, à la tomate de Marmande4,5. ».

C'est un marmandais, Pierre Gautriaud, horticulteur-pépiniériste, qui le premier constata que s'il entrepiquait ses plants de tomate rampante, il pouvait obtenir non seulement une tomate de qualité supérieure et que celle-ci supportait sans problème le transport. La production commerciale de tomates fut dès lors amorcée6.

Caractéristiques :

Couleur : rouge

  • Morphologie : tomate de taille moyenne, plate, côtelées et parfois irrégulière, incurvée au pédoncule. Pèse de 150 à 300 g, calibre 67 à 85 mm. Grappes de 4 à 5 fruits.
  • Chair : pleine, consistante et très parfumée. Résiste peu à l’éclatement une fois arrivée à maturité.
  • Goût: sucré, parfumé.
  • Port : plant vigoureux, productif.
  • Rusticité : forme ses fruits même à température basse.
  • Maturité : hâtive, 55 à 65 jours. Variété très précoce et très productive4.

Cette variété précoce se cultive en serres, tunnels ou en plein champ abrité4.

Usage alimentaire

Frédéric Zégierman indique « Fraîche, crue ou cuite, l’utilisation de la tomate de Marmande est variée : en cuisine, elle fait merveille en salade comme en tomate farcie. Les transformateurs, eux, en font des jus, purée, concentré4. Et depuis peu on fait également de la bière à la tomate et de succulents desserts (voir le restaurant l’Ô à la bouche en haut de la place du marché).

Histoires de Tomates

 

Marmandais et Grands amateurs de tomates en tout genre cette image vous expliquera sans le moindre doute l’origine de la croix occitane. Cette tomate n’étant pas un OGM (Occitane Génétiquement Momifiée), son image n’est pas soumise copyrigt, Rai de copias ! Merci à l’internaute qui l’a publiée et je ne résiste pas au plaisir d’ajouter son commentaire :

« Peut-être un bel jour vous apprendra-t-elle comment nostre bon comte En Guilhèm revint de crosada grâce à l’aide d’un brigand nommé Tomas et d’une princesse sarrasine, comment il ramena des graines de pommes d’or de l’hort des Hespérides, lesquelles cultivait le Qualiphe de Bagdad, comment il les desroba, les ramena en sa grande cité de Tolosa et là furent appelées Tomastes sive pomas d’amor en l’honnor de cest deux personnes »

 

 

[1] Veson : veuf disen mèi sovent veus.

[2] De modesta levada : de modeste lignée (issu d’une famille pauvre)

[3] Penderilhas : grappes (littéralement pendeloques)

[4] Vime : osier

Chants copieLes ateliers de chants polyphoniques avec Maurice Lagourgue reprennent à la rentrée de septembre 2018  de 18h30 à 20h ; deux jeudis par mois sauf vacances scolaires ;  13 et 27 septembre, 4 et 18 octobre, 8 et 22 novembre, 6 et 20 décembre.

Carte de membre de l'association (15 €) proposée.

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